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Slow and dirty

Publié par Dany Marquis le

Je demeure encore ébahi devant la fierté des buveurs de café en conserve.  Nespresso en premier plan, puis viennent les k-cup, Tassimo, dosette machin et autres bidules qui offrent un rendu de café médiocre. 

Et c'est devant les arguments des grands joueurs du café en conserve, et devant la béatitude des consommateurs devant ces méthodes « rapides et propres » que je profite de ma tribune pour vous inviter à opter pour des méthodes lentes et malpropres.  Slow and dirty.

Et permettez-moi de tenter de culpabiliser quelques lecteurs en soulignant le fait que je considère la consommation de café en conserve dans la même catégorie que de demander des sacs en plastique à l’épicerie pour y mettre vos bouteilles en plastique.

Je demeure surpris devant la perte des valeurs écologiques et de consommation locale, et la soumission devant les campagnes de marketing appuyées à coup de millions de dollars. 

Cela étant dit, permettez-moi de faire l’apologie des méthodes de préparation manuelle, slow and dirty.  Vous savez, ce sont les méthodes qui utilisent du café fraîchement torréfié, moulu juste avant la préparation et qu’on met en contact avec l’eau chaude.

Et vous trouverez peut-être mon lien tordu mais pour moi préparer et boire un café est comme une partie de sexe.

Et je considère la consommation de café en conserve au même niveau que la fécondation in-vitro, nécessaire dans certains cas, éprouvette, laboratoire, rapide et propre, on féconde l’ovule avec une pipette en verre.  Toutefois, cette méthode prive de toute la richesse de la sexualité humaine.  Pour le café, on parle donc d’une préparation  aseptisée, contrôlée, encapsulée, rapide, sans préliminaire et rituelle, sans poussière et tâche sur le comptoir.  Vous excuserez mon manque d’intérêt pour ces méthodes mais je préfère les préliminaires, j’aime quand le café moulu tombe sur le comptoir, quand la bouilloire siffle, que je pèse le café, que je le préinfuse,  j’aime voir l’effervescence causée par le contact entre le café frais et l’eau chaude. 

Lent et malpropre.  Slow and dirty.  Mouillé.  Rempli d’attente et d’anticipation, les sens en éveil, parfois déçu, souvent extraordinaire, lorsqu’on sait s’y prendre. 

Peut-on faire l’amour, faire la tendresse, à notre tasse de café ?  Et comment ! 

Prenons quelques instants, faisons-nous voyeurs et regardons ce qui se passe chez John et Marla :

8h, samedi. 

John, arrivant d’un jogging matinal, retire son t-shirt imbibé de sueur, le lance sur un dossier de chaise, et aperçoit Marla dans l’embrasure de la porte de la cuisine.  Il s’émerveille de voir cette beauté, encore embrumée par le sommeil et lui décoche un sourire franc qui illumine son visage et accentue ses pattes doigts qui mettent ses yeux gris bleu en guillemet. 

-          Marla, je te fais un café ?

En portant attention, on pourrait voir les joues de Marla se rosir, probablement au souvenir de leur soirée d’hier.

-          Oh oui John, oui, fais-moi un café ! 

Marla, robe de chambre entrouverte, jouant la diva, se dirige vers le T-shirt de John.  John la regarde, fronce les sourcils et l’avertit :

-          Ça va être long Marla, au moins 10 minutes, et ça va mouiller le comptoir.

Elle le regarde fixement, prend le t-shirt et prend une bouffée de phéromones avant de s’éclater de rire.

-          Oh oui, John, oui, fait moi languir, et vas-y chéri, mouille mon comptoir!

John, éclate de rire également devant ce scénario loufoque mais empreint d’un double sens qui en dit long.  Et tandis que John empoigne sa bouilloire, la remplit d’eau et la met sur le feu, Marla dépouille la pile de vieux journaux, crayon en main, à la recherche d’un mot croisé. 

-          Éléments de voilier, trois lettres. 

-          Mât ! répond John qui s’affaire à ajuster la mouture de son moulin et qui couvre le marmonnement de Marla concentrée, glissant son crayon sur ses lèvres entrouvertes.

-          Soumettre à des contraintes, neuf lettres.

Concentré, John installe le filtre dans sa cafetière, le rince et dépose sa cafetière sur la petite balance.  À l’aide d’une cuillère, il y dépose religieusement le café fraîchement moulu jusqu’à un poids précis.    Il se retourne et interrompt le sifflement de la bouilloire, la dépose sur la cuisinière, le temps de laisser l’eau refroidir de quelques degrés.  Toujours sur la balance, John verse l’eau progressivement, imbibant la mouture complètement et en distribuant l’eau en cercle sur la mouture.  Le bec de la bouilloire est mince et fin, et l’eau coule avec une élégante courbe.  Marla, l’observe du coin de l’œil, charmée par l’attention porté à ce rituel gourmand.

-          Situation d’un voyageur qui reste dans l’aéroport lors d’une escale, sept lettres.

Le temps s’écoule lentement, John termine sa préparation, retire le filtre saturé et le dépose dans une assiette vide, éclaboussant légèrement le comptoir.  Il ouvre l’armoire, prend deux tasses à la porcelaine italienne épaisse, les réchauffe avec l’eau chaude restant dans la bouilloire.  Une fois les tasses bien chaudes, John vide l’eau et y verse le café, embaumant la pièce d’arôme chaudes, dorées et réconfortantes.  Marla le regarde s’approcher et lui tendre une tasse, comme on casserait la croûte d’un pain à partager.  Elle prend la tasse à deux mains, hume en fermant les yeux et prend une première gorgée.

-          Je t’aime John

-          Je t’aime Marla

Fermeture de la fenêtre sur l’univers de John et Marla. 

À chacun sa route mais si vous êtes du genre pressé, et aimez les préparations rapides, propres, et sans débordement et que vous êtes satisfait, je suis content pour vous.  Mais je dois avouer que John a marqué des points et qu’avoir foutu une capsule d’aluminium dans un genre de grille-pain style Star-Trecks, aurait donné une toute autre ambiance.

Car si vous êtes comme moi, et comme Marla, on aime quand c’est slow and dirty.

Dany


3 commentaires


  • J’adore…. Les samedi et dimanche ça me prends autant de temps avec ma Rancilio Sylvia. Tellement plaisant!

    Mireille le

  • Hmmm. J’ai hâte au matin de la St-Valentin: Prendre un bon café et un bon chocolat de la Brûlerie du Quai en pyjama et… aller se recoucher!

    Line le

  • Magnifique. Vous m’avez redonné l’envie de boire du café

    morel andré le

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