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Le café du printemps

Publié par Dany Marquis le

L’hiver fut froid, comme tous les hivers me direz-vous.  Il fut aussi long,  terriblement long.  Et malgré que la majorité d’entre vous n’en êtes pas à leur premier, les dernières chutes de neige ont chu à nos pieds tel un voyou, qui nous a dépossédé des derniers mois, et qu’on enferme à double tour, mais qui nous crache dessus juste avant que la porte se referme en nous regardant fièrement dans les yeux.  Il reviendra, ce bandit, c’est inévitable.  Mais pour l’instant, nous pouvons exposer nos chaires blêmes à Inti le dieu du soleil des Incas, fils de  Viracocha, le Dieu Créateur.  Qu’il nous apporte les douces caresses sur notre peau, d’un vent tiède badigeonnant nos visages des chauds rayons mêlés aux embruns salés de la mer et au parfum d’iode.

 

L’hiver fut aussi noir.  Sombre.  Les journées furent courtes.  Trop courtes, entre le lever du corps dans les ténèbres, et le retour à la maison, que de noirceur.  On peut comprendre ce pauvre Gollum puisque dans un hiver éternel nous deviendrions semblables à cette pauvre créature, cherchant le précieux et mangeant des poissons sans yeux au creux d’un rocher trempé d’humidité.

 

Et soudainement, sans trop m’en rendre compte, j’entends un oiseau.  Comme un marin perdu dans l’océan, ayant lâché prise et acceptant son triste sort, le cri de la mouette nous électrise et fait renaître en nous l'espoir de la terre.

 

C’est le printemps! 

 

Si doux, si bon, après le dur hiver.  Le chant des oiseaux me semble plus clair, plus joyeux, et les arbres travaillent fort pour faire pousser les bourgeons et pouvoir boire le soleil avec leurs feuilles.

 

Ce matin, je prends le temps de sentir le temps qui passe, ma tasse bien en sécurité entre mes deux mains.  Mes doigts sont joints, presque comme en prière.  L’esprit vide, me laissant pénétrer par le bonheur, je déverse doucement le nectar divin dans ma bouche.

 

Le café est meilleur au printemps.  C’est un fait indéniable.

 

Je me berce au soleil, je plisse les yeux et ose le regarder directement.  Quelle force!  Il s’imprègne alors sur ma rétine.  Je ferme les yeux et continue d’y voir sa trace qui disparait lentement.  Le goût d’une autre gorgée me reprend, j’ouvre les yeux et regarde ma tasse.  Et c’est à ce moment mes amis que j’ai vu.   J’ai vu le veau d'or au fond de ma tasse.  Au fond de ma tasse, le veau d’or j’ai vu.

 

Et en attendant que Moïse ne redescende, ce veau d’or liquide est mon culte.

 

Vive le printemps!

 


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