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Honduras 2019 - Récit de voyage 1

Publié par Dany Marquis le


Coagricsal

Je vous écris actuellement du Honduras, plus précisément de San Pedro de Sula. 

J’ai décidé récemment de parler davantage de cette partie de notre travail car vous êtes nombreux à poser des questions sur nos processus d’achat, de recherche de lot et de nos visites chez nos partenaires.  

 

C’est donc suite à l’invitation de notre partenaire Coagricsal que nous avons décidé de nous rendre sur ses plantations. 

Je considère qu’en 2019, dans la majorité des cas, se déplacer « à la source » n’est pas nécessaire car les moyens de communication et de transport actuels sont très efficaces et que les coûts reliés à une visite sont élevés.  Je préfère beaucoup plus acheter davantage de café ou de cacao aux producteurs, ou revoir le prix au kg à la hausse si la qualité est là, que d’aller faire mon Nord-Américain dans une plantation.

Parce que pour être franc avec vous, ils n’en ont rien à foutre de nos visites.

Et ils savent très bien que le petit torréfacteur n’a pas la capacité d’importation, qu’il achète d’un courtier, et que sa visite n’a comme objectif que de prendre des photos dans une plantation, avec un bronzé de service qui acceptera d’être dans la photo.  Par la suite le torréfacteur publiera ses photos, et communiquera à ses clients qu’il achète à la source, et qu’il doit se déplacer pour acheter ses cafés.  Et se tournera vers un des courtiers canadiens ou américains pour acheter son café dans son inventaire. 

Car en réalité, très peu de torréfacteurs importent leurs matières premières.

Certains planifient même leurs voyages dans des resorts, et se paient une excursion touristique organisée dans des plantations.  C’est caricatural, mais très répandu dans l’industrie du café et du cacao.  Et c’est pire dans le domaine du thé.  Je suis donc mal à l’aise avec l’idée de tromper les clients en beurrant la réalité.  Acheter du café n’a rien de glamour et est une démarche rigoureuse dans laquelle beaucoup d’argent est en jeu.  Pour l’acheteur, et pour le vendeur. 

En général, ça se passe de façon très froide, avec l’évaluation d’échantillon et négociation du prix.  Bien sûr on recherche les relations gagnant-gagnant mais c’est une business où il y a beaucoup de fraude. 

C’est donc normal pour un petit joueur d’acheter d’un courtier.  C’est plus sécuritaire, plus stable, et tu ne risques pas de courir pendant 5 mois pour un café payé cash quelque part en Afrique de l’Est. Fait vécu.

Je suis donc irrité quand je vois des entreprises raconter des histoires tirées par les cheveux, et on dirait que tout le monde embarque là-dedans. J’ai donc le goût de vous présenter ma version.

L’idée qu’un torréfacteur nord-américain débarque dans une plantation pour soi-disant aider les producteurs à faire de la qualité est de la foutaise monumentale.  Ce discours était grassement utilisé au début de la 3e vague pour montrer aux consommateurs qu’ils avaient affaire à une nouvelle vague de torréfacteurs.  Bien sûr, ce marketing, inconscient ou non, a fait son chemin et est devenu viral.  

Tu ne peux pas débarquer dans une organisation qui fait la culture du café depuis plus de 100 ans et leur dire comment faire leur travail.  Les associations de producteurs de café sont hautement organisées et ce, partout dans le monde.  Ils ont des structures bien montées, des experts Q Grader, des agronomes, des directions formées en administration des affaires.  Et ils gèrent des millions de dollars en transaction.  

J’aime bien faire le parallèle avec certaines de nos structures agricoles au Québec. 

Les producteurs de sirop d’érable par exemple, c’est un peu la même chose.  Ils s’assurent que la réputation du sirop d’érable québécois continue d’être excellente en gérant et en accompagnant les producteurs.  Les producteurs de café et de cacao fonctionnent un peu comme des producteurs de sirop d’érable.  

Il y a ceux qui ont des terres, qui récoltent l’eau d’érable, et qui transforment leur eau dans leurs installations.  Certains producteurs partagent des installations pour produire leur sirop qu’ils peuvent ensuite vendre à la fédération et dans certains créneaux qui sont réglementés (un peu trop selon certains) par la fédération.

Même chose pour le café et cacao, certains ont leur terre sur laquelle ils cultivent des caféiers et des cacaoyers, et possèdent leur propre station de dépulpage, fermentation, séchage, triage, etc.  Parfois, ils se regroupent et partagent certaines installations.  Par la suite, ils ont aussi la possibilité de vendre dans différents créneaux, à travers la fédération, directement à un importateur, etc.  

Donc, imaginez un chef français, qui adore et utilise du sirop d’érable de la Gaspésie dans ses recettes, et qui dit acheter directement son sirop dans une petite ferme gaspésienne qui fait du sirop depuis 4 générations. Et qui va les visiter. Il dit à tous qu’il les aide à faire du meilleur sirop et qu’il les éduque sur l’utilisation du sirop en cuisine...

Bref, vous comprenez l’idée.

 

Tu ne vas pas visiter des experts avec la prétention de leur montrer comment bien faire leur travail.

Voilà pourquoi je juge que les voyages « à la source » sont une perte de temps et de la poudre aux yeux.  Un genre de relent de colonialisme, qui est amplifié x 1000 si on mêle à ça le concept de certification équitable. 

Mon approche est donc rempli de respect devant tout ce que demande la production agricole. 

Et c’est la même chose chez-nous.  Les producteurs de café du sud, et nos producteurs agricoles vivent des situations similaires.  Et si vous me dites que non, les conditions de travail dans le sud sont très différentes, je vous dirais qu’en effet c’est différent, mais je vous proposerais aussi d’aller discuter avec des producteurs agricoles du Québec.  Vous verrez que ce n’est pas de tout repos et que leur situation n’est pas très enviable.  

Et dans cette optique, j’essaie de respecter au maximum le travail de la terre, et de ne pas débarquer quelque part avec l’arrogance du torréfacteur 3e vague.

Parce qu’au bout du compte, les producteurs, veulent faire des transactions, transformer leur récolte en dollars, comme n’importe quelle entreprise du monde.

Alors pourquoi aller au Honduras si je peux acheter et faire mes transactions à distance?

Et bien parce qu’on m’a invité.  La coopérative Coagricsal va inaugurer leur nouvel atelier de transformation de cacao et chocolat. 

En tant qu’entrepreneur, ce sera aussi très stimulant parce que démarrer et gérer une entreprise au Québec ou au Honduras est dans le fond assez similaire, sauf que le contexte de l’Amérique centrale est très différent du Québec.   Et je n’irai certainement pas leur dire quoi faire car gérer une entreprise en Amérique centrale, c’est tout un défi. C’est un peu comme être en couple et donner des conseils non-sollicités.  Habituellement, ce n’est pas très constructif pour la relation.  On écoute, et si on te demande ton avis, tu le donnes.  Sinon, tu écoutes, tu souris, tu profites de l’expérience, et t’essaie d’apprendre de nouvelles choses et d’autres points de vue.

Plus de détails à venir.

Dany 

PS: Il fait 35°C, j’essaie de survivre au choc thermique ;-)


8 commentaires


  • Ce genre d’article, qui explique tellement simplement et clairement le «commerce» du café en recourant aux comparaisons avec ce qui se passe chez nous pour le rendre encore plus compréhensible, mérite d’être publié dans des revues et sites web spécialisés.
    Je vois un futur Fernand Séguin, réputé vulgarisateur scientifique.

    Reine Degarie le

  • Bonjour Dany,
    Merci pour ta franchise.

    Huguette Lemay le

  • Bon voyage! SVP, rapportez de nouveaux produits à déguster!

    Noemie Rouleau le

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