2026, toujours la banane

2026, toujours la banane

Dec 31, 2025Dany Marquis

À l’heure où j’écris ces lignes, le meilleur chocolat au lait que j’ai produit jusqu’à maintenant est en train de tempérer.
Le café qui accompagne mon écriture est bon. C’est un grain du Brésil, de la Fazenda Santa Clara, que j’ai visitée en mars.
Je regoûte le chocolat pour être certain. Oui, c’est bon, même très bon.

Je me sens privilégié de pouvoir faire ce métier.

C’est la tête pleine des douze derniers mois que je m’apprête à amorcer 2026. Quelle aventure que celle d’opérer une entreprise, de rassembler des gens tous les matins pour produire des cafés et des chocolats exceptionnels.

2025 marquait la 20e année d’existence de Brûlerie du Quai. Vingt ans. Deux décennies. Depuis l’ouverture, le 1er août 2005, ce sont 20 x 12 mois qui me traversent l’esprit. Je voulais souligner ce passage, mais je ne l’ai pas fait publiquement. Je l’ai savouré autrement, avec humilité, en me disant que je suis chanceux d’être encore là. Que l’entreprise soit encore là.

Dans les vingt dernières années, j’ai vu tellement d’entreprises fermer. Même très récemment. Et chaque fois qu’un client tire sa révérence, ça me touche. Un coffeeshop, un restaurant, une chocolaterie, une petite épicerie qui ferme… ça me fait mal. Vraiment.

J’ai ce que j’appelle le biais du survivant inversé.

J’ai la fâcheuse tendance à tout attribuer à la chance. Parce que c’est difficile, être en affaires. On en parle trop peu. Et avec les efforts bien intentionnés pour promouvoir l’entrepreneuriat, on finit parfois par donner une image angélique de l’entrepreneur à succès.

Habituellement, on subit le biais du survivant classique : on ne voit que les entreprises qui ont survécu.

Dans mon cas, je vois surtout les fantômes.
Les projets avortés.
Les morts violentes ou les agonies lentes.
Les souffrances, les rêves brisés, les amours, les amitiés.
Les huissiers qui cognent discrètement à la porte pendant que les enfants déjeunent avant l’école.

Chez nous, ça a souvent passé serré.

Un peu comme une voiture en dérapage à 150 km/h qui doit passer entre deux murets de béton. Sauf que dans mon cas, c’est plutôt un autobus. Je suis au volant, mon équipe est derrière, j’essaie d’avoir l’air en contrôle, et je fonce en espérant que ça passe.

Et puis, parfois, un événement survient.
Une commande.
Un nouveau client.
Un prix pour le meilleur chocolat au monde.
Un chef incroyablement compétent qui adopte nos produits.
Une synergie soudaine, une équipe qui joue comme les Américains battant les Russes en 1980.

Bref, j’ai ce biais du survivant inversé.
Je dois me forcer pour voir mes compétences, mes décisions, ma résilience.

Pour moi, ça reste de la bagarre. De la survie.

C’est peut-être lié à une humilité qui frôle parfois le syndrome de l’imposteur. C’est intellectuellement élégant, psychologiquement confortable… mais je dois l’admettre : c’est factuellement faux.

Parce que survivre un an, oui, la chance peut jouer.
Cinq ans, un peu moins.
Dix ans, quinze ans, vingt ans?

Là, on n’est plus dans l’entrée dans le jeu. On est dans la longévité.

Et quand on traverse :
– des crises économiques
– de l’inflation
– des hausses brutales des matières premières (ouch!)
– des taux d’intérêt élevés
– une pandémie
– des chaînes d’approvisionnement brisées
– des tarifs douaniers absurdes (coucou les tarifs Trump sur l’acier, l’aluminium, et les effets collatéraux sur le cacao, le transport et l’emballage)

… on n’est plus dans la loterie.

Quand ça fait vingt ans que ça passe serré, mais que ça passe quand même, je pense qu’on doit assumer.

Vingt ans, c’est fort.

Et 2025 a été notre plus grosse année en termes de kilos de café et de chocolat produits.

Mon premier réflexe reste la gratitude. Gratitude envers vous, qui choisissez nos cafés et nos chocolats. Mais je dois aussi accepter une autre réalité : choisir, c’est renoncer. Si vous nous choisissez, c’est parce que vous laissez d’autres options de côté. Votre choix est donc basé sur la qualité, sur des valeurs, sur une cohérence qui vous parle.

Et ce choix, ce n’est pas de la chance.

En 2026, nous entrons dans une nouvelle phase.

Je conserve cette humilité. Elle me protège.
Mais j’ajoute quelque chose : l’acceptation de ce que nous avons bâti.

En 2026, je ne cherche pas à faire plus, mais à faire mieux, à faire juste.
Continuer à privilégier la qualité à la facilité.
Continuer à respecter le produit, les gens qui le produisent, et ceux qui le consomment.
Continuer à bâtir lentement, solidement, humainement.

Ce ne sera pas une année parfaite.

Ça va surement passer serré à quelque reprise encore.

Je suis prêt.
Ce sera une année vraie.

Et si les vingt dernières m’ont appris quelque chose, c’est que tant qu’on avance avec rigueur, courage et respect, ça passe. Parfois de justesse. Mais ça passe.

Merci

Merci d’être là

On continue avec vous

Toujours la banane

Toujours debout

Dany 



Comments (3)

  • Je te souhaite à toi et ton équipe de garder l’enthousiasme à travers les défis. Vous méritez d’avoir du plaisir car vous offrez du bonheur, de doux plaisirs avec tant d’amabilité. Merci de durer et bravo pour ces vingt ans de magie qui cache le travail et la persévérance. Admirable. Merci 🙏

    REgis Leblanc
  • Bavo tu as cru en toi

    Lise
  • Bravo Dany !!!
    Tu es fait fort d’avoir pu traverser toutes ces tempêtes.
    Tu m’épateras toujours.
    Bonne année pour 2026 🎉🎉🎉
    Le meilleur est à venir !!!
    Amitié xx

    Diane SLEIGHER

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